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Michèle Causse

J'étais en zéro qui pointé ne fait pas mille et me voici en émoi de moi qui née en rien se voit toute en aboutie. J'étais en néante l'expulsée qui jamais ne pense par la pensée rien qu'une nota bene en initiale d'autre et me voici en océane qui sait "rien n'est encore arrivé". Voyages de la Grande Naine en Androssie.


Essais

« L'individu(e) qui annonce à une société donnée que sa convention de réalité est constituée par les fictions qui la dominent risque sa vie comme individu(e) membre de cette société. » Suzanne Jacob.

« Le but commun que nous avons poursuivi dans ces textes est en effet de donner à voir la dé/réalisation des corps dominés en “créatures trafiquées”. Nous n’avons pas opté pour des figures reconnaissables, trop territorialisées justement, nous n’avons pas imité le réel et, dans nos textes respectifs, la métamorphose est le contraire de la métaphore. Le mot est branché directement sur l’image dont la puissance d’évocation est, précisément, d’arrêter l’imaginaire convenu pour en convoquer un autre. Ce faisant, nous n’avons pas fui hors du monde, C’EST LE MONDE ET SA REPRESENTATION que nous avons fait fuir : d’une manière beaucoup plus efficace que par la critique. Les difformités des corps animalisés dans L’Encontre et dans les paraboles de  Wittig valent comme parties d'agencements les dépassant, comme configurations mouvantes... »

Glossaire du Bréviaire des Gorgones


Dictionnaire : précis de tératologie idéologique. Lieu des définitions prescriptives du phallogocentrisme.

Sexe : trait dit de nature, (organes génitaux externes) et prédiscursif, le sexe est le marqueur catégoriel permettant de déclarer contre nature tout ce qui est contre culture hégémonique, le « sexe » fixe et gèle une fois pour toutes l’espèce sapiens en deux créatures, dites complémentaires… ou opposées. (voir M.Wittig)

Sexage : régime de servage (cf. Colette Guillaumin) sous lequel vivent les corps parlants de la planète réduits au silence en raison de la discrimination frappant leur sexe, marqué comme manque… ou excès.

Genre : résultat d'un acte fondateur violent, (« on oppose généralement le sexe comme ce qui relèverait du biologique et le genre comme ce qui relèverait du social » : Nicole-Claude Mathieu), mettant en place un système social qui, accordant le primat á un sexe, divise l'espèce, établit un pouvoir dissymétrique et assure la permanence d'un système politique reposant sur l'assujettissement longtemps occulté des dividues. Ce système a été reconnu et dénoncé comme tel par les Individues dites féministes.

Androlecte : voir sexolecte, langage parlé par tous les corps parlants de la planète, quelle que soit la langue, vient du grec andros qui signifie homme. L'androlecte, qui passe pour neutre et émanant des humains en général, véhicule en fait la pensée, les visions et visées d'un sexe dit fort (mâle) au détriment d'un autre dit faible (femelle). (voir Michèle Causse)

Sexolecte : est le langage sexisant et sexualisant que parlent tous les humains. Elaboré par le détenteur du phallus dominant, il instaure l'inégalité entre les animés de l’espèce dite humaine. Le seul sexolecte existant est l'androlecte.

Diviseur : mot par définition masculin qualifiant le dominant qui s'arroge le pouvoir de classer et hiérarchiser ses semblables en fonction d'un seul critère jugé pertinent, les organes sexuels, et le droit de faire de l'un, homme, l'Humain et de l'autre, femme, la femelle de l'Humain. (voir Claire Michard)

Phi : symbole représentant le phallus, est le référent par excellence qui gouverne le réseau des signifiants, induit la représentation des êtres, des choses et du monde. C'est le signifiant privilégié, au sens littéral typographique : « le plus saillant de ce qu'on peut attraper dans le réel de la copulation sexuelle » dit Lacan. Imposé comme universel, phi, expression d'un fantasme mâle, organise les échanges, définit les statuts, établit les échelles de valeur. Ce symbole organise le rapport des corps á la chaine signifiante depuis le début de l'humanité. Lacan en pose l'autorité : « le phallus c'est la signification, c'est ce par quoi le langage signifie, il n'y a qu'une seule Bedeutung, c'est le phallus ». Phi instaure la prévalence d'un centre phallique autorisant les uns á s'approprier les unes, le sens, et le langage. (voir Luce Irigaray)

Sex(c)ision : opération qui consiste á muer en relative et particulière une animée douée de raison, dès lors exclue de l’universel et contrainte d’assumer l’immanence de l’espèce.

Sexualisation : expérience distinctive des dividues en tant que telles, á savoir la soumission á l'acte sexuel dit coït via le sentiment dit amoureux, conçu comme réponse au prétendu « instinct sexuel » défini par le

Diviseur : Pratique de domination dans tous ses effets : réification, appropriation, aliénation. (voir Catherine MacKinnon)

Dividue : mot par définition féminin désignant celle qui a été divisée, c'est á dire appropriée, nommée et parlée. Ne lui est laissé que l'exercice contrôlé (par les nécessités du Diviseur local) d'une fonction biologique : la procréation. ( voir Paola Tabet, Marilyn Waring etc.)

Dividuelle : dividue en phase d'évolution vers l'individualité.

Individue : celle qui, ayant reconnu la confiscation du symbolique par le Diviseur, ne permet pas á la division de s'exercer sur elle et en annule les effets en faisant advenir dans et par le langage sa propre nomination et sa représentation (voir alpha). Elle montre que ce qui est á l'origine de l'organisation signifiante est cause de son dysfonctionnement. ( cfr. Louise Gouëffic).

Anandrynes : étymologiquement le mot signifie femme sans homme. Une impossibilité conceptuelle dans l’androlecte. Les anandrynes s'exonèrent de l'acte sexuel imposé aux dividues et pratiquent entre elles vénusie et aphrodisia. Toutefois n'ayant pas perçu que les genres sont des catégories prescriptives et récessives de la pensée, cet acte de désobéissance civique n'aboutit pas á une remise en cause du totalitarisme humain. (voir Marie-Jo Bonnet)

Alpha : symbole de la néo-espèce sapiens, est un signifiant hors pair posé á partir de l'analyse des fondements du langage. Alpha déboute phi de sa prétention á l'universel, le dénonce comme faux et unidimensionnel. L'alpha est un symbole, qui, á l'inverse du phallus symbolique, phi dichotomisant, fédère et inclut, _lpha est ce que gyné ou gynandre disent exister au nom de et pour tous les corps parlants. Alpha est un signifiant qui reconnaît á tous les vivants une valeur égale.

Sapiens : réorganisation de l'espèce « humaine » prenant en compte la totalité des êtres parlants, quel que soit le réel du corps, sans privilégier arbitrairement un critère discriminant. La sapiens est une in/humanité instituée qui demande une conception et un traitement éthique des sujets.

Gyné : mot antonyme de femme. Désigne les créatures parlantes causes et effets d'elles-mêmes.

Gynandre : mot antonyme d'homme. Désigne dans le réel l'animé de la sapiens doté des chromosomes XY et dans le symbolique celui qui a pris conscience de l'us et partant abus commis par son semblable envers celles que les hommes appelaient femmes. (Voir Stuart-Mill, John Cowper Powys, etc.)

Philogynie : antonyme de misogynie. Ce mot fait exister ce qui n'avait pas cours sur la planète : l'amour pour les gynés au sens sapiens du terme. Créé par les Gorgones pour désigner les attitudes relationnelles foncières des êtres en mode sapiens, á savoir : reconnaissance de l'autre comme soi. (cfr.Mary Daly , Adrienne Rich, Diana Fuss etc...)

Lalphangage : l'inscription dans chaque langue d'une conception éthique du monde et des relations entre les êtres. Laphangage exclut les genres. Il invente de nouveaux pronoms, articles, adjectifs, sans référence au sexe.

Vénusie : en alpha langage, la vénusie est l'expression charnelle de l'amour que se portent les gynandres, les gynés et plus particulièrement les philogynes qui ont dénoncé les prescriptions de l'androcratie et trouvé dans l'échange physique et dialogal une force et une vision critique du monde que ne connaissent pas celles et ceux qui sont embrigadés dans les connexions obligatoires des corps.

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