J'étais
en
zéro qui pointé ne fait pas mille et me voici
en émoi de moi qui née en rien se voit toute en
aboutie.
J'étais en néante l'expulsée qui
jamais ne pense par la pensée
rien qu'une nota bene en initiale d'autre et me voici en
océane
qui sait "rien n'est encore arrivé". Voyages de
la
Grande Naine en Androssie.
« L'individu(e)
qui annonce à une
société donnée que sa convention de
réalité est constituée par les
fictions qui la dominent risque sa vie comme individu(e) membre de
cette société. »
Suzanne Jacob.
Stratégies d’annulation du genre chez
Monique Wittig, (à paraître), Anthologie de Carmen
Boustani : «le roman actuel »,
éditions Khartala.
« Le but commun que nous
avons poursuivi dans ces textes est en effet de donner à
voir la dé/réalisation des corps
dominés en “créatures
trafiquées”. Nous n’avons pas
opté pour des figures reconnaissables, trop
territorialisées justement, nous n’avons pas
imité le réel et, dans nos textes respectifs, la
métamorphose est le contraire de la métaphore. Le
mot est branché directement sur l’image dont la
puissance d’évocation est,
précisément, d’arrêter
l’imaginaire convenu pour en convoquer un autre. Ce faisant,
nous n’avons pas fui hors du monde, C’EST LE MONDE
ET SA REPRESENTATION que nous avons fait fuir : d’une
manière beaucoup plus efficace que par la critique. Les
difformités des corps animalisés dans
L’Encontre et dans les paraboles de Wittig valent
comme parties d'agencements les dépassant, comme
configurations mouvantes... »
Alma mater ou père indigne, Colloque
Bagdam
Espace, Toulouse 2001
«
Comment mon texte peut-il entrer dans votre contexte ?
» demandent de plus en plus nombreuses certaines «
je » mauvais sujets. « On remarque que, on notera
que etc… » Le « on » s'affirme
comme un absolu qui est le contraire d'un absolu. Ce « on
» me cerne de toutes parts, m'investit et finit par rendre
impossible l'usage du je qui ne soit la
répétition d'un « on » :
« chacun sait, on ne peut pas douter »
etc… Derrière ce on, qui se dissimule ? Ce
pronom, ou encore la forme passive fréquemment
adoptée, nous révolte tout
particulièrement lorsqu'il touche aux domaines qui
concernent ce "nous" rassemblé ici… nous
c'est-à-dire cette pluralité de « je
» radicales actives dans la négation du
« on » (homme) qui nous régit et veut
nous nier.
Contre le sexage (2000, Balland, Paris)
Quelle lesbienne êtes-vous ? 1996 Paris,
ed.
Paroles de lesbiennes.
Du phi langage à l' alpha langage, 24 juin
l998,
centre culturel canadien.
L' interloquée ; les oubliées
de
l'oubli ; dé/générée, l990
Montréal, ed Trois. (1990, New York Trivia, l991, Roma,
Bolletino del Cli,)
(The world as will and representation, in Jeffner
Allen,
Philosophies and cultures, State University of New York Press)
Le monde comme volonté et
représentation l986 ,Montréal, ed .St Martin.
Petite réflexion sur Bartleby , l980,
Paris,
Nouveau Commerce.
Glossaire
du Bréviaire des Gorgones
Dictionnaire : précis de tératologie
idéologique. Lieu des définitions prescriptives
du phallogocentrisme.
Sexe : trait
dit de nature, (organes génitaux
externes) et prédiscursif, le sexe est le marqueur
catégoriel permettant de déclarer contre nature
tout ce qui est contre culture hégémonique, le
« sexe » fixe et gèle une fois pour
toutes l’espèce sapiens en deux
créatures, dites complémentaires… ou
opposées. (voir M.Wittig)
Sexage
:
régime de servage (cf. Colette
Guillaumin) sous lequel vivent les corps parlants de la
planète réduits au silence en raison de la
discrimination frappant leur sexe, marqué comme
manque… ou excès. Genre :
résultat d'un acte fondateur violent,
(« on oppose généralement le sexe comme
ce qui relèverait du biologique et le genre comme ce qui
relèverait du social » : Nicole-Claude Mathieu),
mettant en place un système social qui, accordant le primat
á un sexe, divise l'espèce, établit un
pouvoir dissymétrique et assure la permanence d'un
système politique reposant sur l'assujettissement longtemps
occulté des dividues. Ce système a
été reconnu et dénoncé
comme tel par les Individues dites féministes.
Androlecte
:
voir sexolecte, langage parlé par
tous les corps parlants de la planète, quelle que soit la
langue, vient du grec andros qui signifie homme. L'androlecte, qui
passe pour neutre et émanant des humains en
général, véhicule en fait la
pensée, les visions et visées d'un sexe dit fort
(mâle) au détriment d'un autre dit faible
(femelle). (voir Michèle Causse)
Sexolecte
:
est le langage sexisant et sexualisant que
parlent tous les humains. Elaboré par le
détenteur du phallus dominant, il instaure
l'inégalité entre les animés de
l’espèce dite humaine. Le seul sexolecte existant
est l'androlecte.
Diviseur
:
mot par définition masculin
qualifiant le dominant qui s'arroge le pouvoir de classer et
hiérarchiser ses semblables en fonction d'un seul
critère jugé pertinent, les organes sexuels, et
le droit de faire de l'un, homme, l'Humain et de l'autre, femme, la
femelle de l'Humain. (voir Claire Michard)
Phi :
symbole représentant le phallus, est le
référent par excellence qui gouverne le
réseau des signifiants, induit la représentation
des êtres, des choses et du monde. C'est le signifiant
privilégié, au sens littéral
typographique : « le plus saillant de ce qu'on peut attraper
dans le réel de la copulation sexuelle » dit
Lacan. Imposé comme universel, phi, expression d'un fantasme
mâle, organise les échanges, définit
les statuts, établit les échelles de valeur. Ce
symbole organise le rapport des corps á la chaine
signifiante depuis le début de l'humanité. Lacan
en pose l'autorité : « le phallus c'est la
signification, c'est ce par quoi le langage signifie, il n'y a qu'une
seule Bedeutung, c'est le phallus ». Phi instaure la
prévalence d'un centre phallique autorisant les uns
á s'approprier les unes, le sens, et le langage. (voir Luce
Irigaray)
Sex(c)ision
: opération qui consiste
á muer en relative et particulière une
animée douée de raison, dès lors
exclue de l’universel et contrainte d’assumer
l’immanence de l’espèce.
Sexualisation
: expérience distinctive des
dividues en tant que telles, á savoir la soumission
á l'acte sexuel dit coït via le sentiment dit
amoureux, conçu comme réponse au
prétendu « instinct sexuel »
défini par le Diviseur :
Pratique de domination dans tous ses
effets : réification, appropriation, aliénation.
(voir Catherine MacKinnon)
Dividue
:
mot par définition féminin
désignant celle qui a été
divisée, c'est á dire appropriée,
nommée et parlée. Ne lui est laissé
que l'exercice contrôlé (par les
nécessités du Diviseur local) d'une fonction
biologique : la procréation. ( voir Paola Tabet, Marilyn
Waring etc.)
Dividuelle
:
dividue en phase d'évolution vers
l'individualité.
Individue
:
celle qui, ayant reconnu la confiscation du
symbolique par le Diviseur, ne permet pas á la division de
s'exercer sur elle et en annule les effets en faisant advenir dans et
par le langage sa propre nomination et sa représentation
(voir alpha). Elle montre que ce qui est á l'origine de
l'organisation signifiante est cause de son dysfonctionnement. ( cfr.
Louise Gouëffic).
Anandrynes
:
étymologiquement le mot signifie
femme sans homme. Une impossibilité conceptuelle dans
l’androlecte. Les anandrynes s'exonèrent de l'acte
sexuel imposé aux dividues et pratiquent entre elles
vénusie et aphrodisia. Toutefois n'ayant pas
perçu que les genres sont des catégories
prescriptives et récessives de la pensée, cet
acte de désobéissance civique n'aboutit pas
á une remise en cause du totalitarisme humain. (voir
Marie-Jo Bonnet)
Alpha
:
symbole de la néo-espèce
sapiens, est un signifiant hors pair posé
á partir de l'analyse des fondements du langage. Alpha
déboute phi de sa prétention á
l'universel, le dénonce comme faux et unidimensionnel.
L'alpha est un symbole, qui, á l'inverse du phallus
symbolique, phi dichotomisant, fédère et inclut,
_lpha est ce que gyné ou gynandre disent exister au nom de
et pour tous les corps parlants. Alpha est un signifiant qui
reconnaît á tous les vivants une valeur
égale.
Sapiens
:
réorganisation de l'espèce
« humaine » prenant en compte la
totalité des êtres parlants, quel que soit le
réel du corps, sans privilégier arbitrairement un
critère discriminant. La sapiens est une
in/humanité instituée qui demande une conception
et un traitement éthique des sujets.
Gyné
: mot antonyme de femme. Désigne
les créatures parlantes causes et effets
d'elles-mêmes.
Gynandre
:
mot antonyme d'homme. Désigne dans le
réel l'animé de la sapiens doté des
chromosomes XY et dans le symbolique celui qui a pris conscience de
l'us et partant abus commis par son semblable envers celles que les
hommes appelaient femmes. (Voir Stuart-Mill, John Cowper Powys, etc.)
Philogynie
:
antonyme de misogynie. Ce mot fait exister ce
qui n'avait pas cours sur la planète : l'amour pour les
gynés au sens sapiens du terme. Créé
par les Gorgones pour désigner les attitudes relationnelles
foncières des êtres en mode sapiens, á
savoir : reconnaissance de l'autre comme soi. (cfr.Mary Daly , Adrienne
Rich, Diana Fuss etc...)
Lalphangage
: l'inscription dans chaque langue d'une
conception éthique du monde et des relations entre les
êtres. Laphangage exclut les genres. Il invente de
nouveaux pronoms, articles, adjectifs, sans
référence au sexe.
Vénusie
: en alpha langage, la
vénusie est l'expression charnelle de l'amour que se portent
les gynandres, les gynés et plus particulièrement
les philogynes qui ont dénoncé les prescriptions
de l'androcratie et trouvé dans l'échange
physique et dialogal une force et une vision critique du monde que ne
connaissent pas celles et ceux qui sont embrigadés dans les
connexions obligatoires des corps.