J'étais
en
zéro qui pointé ne fait pas mille et me voici
en émoi de moi qui née en rien se voit toute en
aboutie.
J'étais en néante l'expulsée qui
jamais ne pense par la pensée
rien qu'une nota bene en initiale d'autre et me voici en
océane
qui sait "rien n'est encore arrivé". Voyages de
la
Grande Naine en Androssie.
Barbara Wolman et Michèle Causse enregistrant la lecture
des Voyages de la
grande naine en androssie
Défigures du soi (inédit).
UL
Malheur
Ils ne savent les choses que par leur nom
Usés d’usure en colt
décharges de balles à bout portant Ul se tait
cherchant le mot en vierge de soi
Parfois le trouve et alors
Le couche en globe et glose
(glossaire)
Jouit de
l’instant sans presque écho
Attend et dit
que vienne my
kind of talk
En particule qui
fasse survie
la seule boulette de sueur en mots qui mette la glotte en
haut-le-cœur
les mots qui
sourdent en nœuds d’amulettes
et mutent la
matière grise en rouge
Ul
(pitié
pour ul)
n’entend rien
que des
nœuds coulants de silence
et
aussitôt se désosse
de quelle faute
se brise en bris d’aïe et ouille ?
immobile comme Ul
l’est
en sommitas de
silence sans rien dedans la coquille vidée
la parole peut
tuer
voulant dire
je meurt des coups du
silence en sac de Scapin.
Hors
de soi
in Disent-ils, 2006, Montréal/Toulouse, AHLA, Bagdam
(extraits de Dé/figures du soi).
Préface à l'ouvrage de Danielle
Charest : Mais où est mais ? Le Sabord, Trois
Rivières.
Court of appeal, 1996, Montréal revue
Tessera ;
l997 Berlin in anthologie Orlanda Frauenverlag, récit (en
anglais).
Duelle 1994, revue Treize, Montréal,
nouvelle.
Voyages de la Grande Naine en Androssie, l993,
Montréal, ed.Trois, roman.
L'ilote, l990, Montréal, revue Trois,
nouvelle.
A quelle heure est la levée dans le
désert ? l989, Montréal ed.Trois,
théâtre.
( )
l987, Montréal ed. Trois, roman.
VOIS-TU
que je suis
tombée en ta peau
ta peau
déjà m’épelant
à
fleur de
(globes oculaires
dit trotters)
Ton corps
m’est seulement appendice
sans organes ou
presque conforme à son image
cérébrale
somatotopie
Trans-figuré
ton visage oui mais
La face seule ne
traduit pas
l’organisation
entière
espace unique
VISIBLE par
dessus la crevasse
des
intensités élémentales
que nous
dégageons comme seiches
dans le moment
mouvement du
VOIR
Toi soudaine
de la seule
matrice
Ecce mulier ma
Sémite ou de l’Arrêt
(et pour cause)
en ses EFFETS
ta semblance au
faîte de toutes les ressemblances
m’est
apparaître
synchronie en un
visage UN
fixateur
des
éléments premiers ou singuliers du
passé
ton---
machine
à imager l’overlapping
jusqu’à l’IMAGE oui mais laquelle ?
Lettres
à Omphale, l984, Paris ed.
Denoël-Gonthier, correspondance.
Rencontre avec Djuna Barnes in L'almanach des dames,
l982
Flammarion, Paris (l983, Amsterdam).
Stèle de Jane Bowles, l982, Paris ed.
Nouveau
Commerce.
L'intruse, l980, Paris ed. du Nouveau Commerce,
poésie.
Berthe ou un demi-siècle auprès
de
l'Amazone, Paris l980, ed.Tierce, biographie.
Berthe dit
« Moi je ne suis pas la Céleste de Proust ni la
Pauline de Colette ». Berthe est, selon les mots
mêmes de
Natalie Clifford Barney « bibliothéquaire, (sic)
gérante, téléphoniste, garde malade,
homme de
peine, cuisinière, femme de chambre, compagne des hivers et
des
ennuis ».
Et quel
témoignage serait plus autorisé que celui
d’une ferveur et d’une
fidélité de cinquante
ans ?
Lors
même qu’échapperait au regard de Berthe
cette
Amazone qui, après Sappho, suscita le plus grand nombre
d’ouvrages et de commentaires, nous découvrons ici
une
figure qui n’est pas « consommable » ni
réductible aux fantasmes qu’elle a
d’engendrés, même chez les
écrivains les plus
misogynes de son temps, tel Rémy de Gourmont : «
Rien ne
peut faire, conquérante en d’autres terrains,
ceinte du
baudrier et de l’arc tendu sous votre pied nu, que vous ne
soyez
pour moi Artémis et que vous ne recéliez en votre
cœur toutes les puissances de la femme ». Amante de
Renée Vivien, de Lucie Delarue Mardrus, de Lily de Clermont
Tonnerre, de Dolly Wilde, de Romaine Brooks… Natalie
n’est
pas femme mais « ange » ainsi qu’elle le
déclare nostalgiquement dans cette phrase : » Cet
ange ne
trouve-t-il pas en lui-même(sic) le couple parfait ? Car le
masculin et le féminin sont si bien confondus en lui( sic)
qu’il ne semble avoir aucun besoin de les rechercher
ailleurs,
mais cet état bienheureux, parfois il l’oublie en
se
laissant aller à quelque passion mortelle. » Quoi
de plus
rebelle que cette lesbienne (androgyne selon les lois de
l’époque) qui se dit ange pour mieux cacher le
fait
qu’elle ne cèdera pas sur son désir ?
» Ne
conviendrait-il pas d’appliquer à Natalie Barney
cette
assertion des auteurs de L’ange : «
L’ange n’a
pas zéro sexe ni n sexes. Ce n’est pas un
être
asexué. Si la querelle du sexe des anges ne trouvait pas de
réponse, c’était
d’être impertinente.On
ne peut pas dire l’ange a, n’a pas de sexe.Le sexe
est
impertinent quant à l’ange »
Je pourrais
ajouter : « L’histoire de la sexualité
est impertinente quant à la lesbienne ».
Définie
cynique, ironique, froide, Natalie Barney est en fait
d’une lucidité sans réserves :
C’est
cependant l’amour que nous donnons dont nous aurions le plus
besoin » et cette phrase d’un narcissisme
confondant :
« l’Ange est l’être complet
pour qui
l’amour partagé est le plus grand sacrifice de soi
».
Recopiant en 2006
de courts extraits de cette mienne préface, je
me permets d’ajouter que ce dont Natalie Barney se plaint
c’est de ne rencontrer que des « femmes »
socialement
construites et, à ce titre, toujours décevantes
pour elle
qui, dès l’enfance refusa
l’embrigadement dans le
genre et ne reconnut jamais d’autres lois que les siennes,
ainsi
devenant réservoir de séduction sans fond.
Lesbiana,
seven portraits, l980, Paris ed. Nouveau
Commerce, nouvelles (en anglais).
Chloto 1978 «
Neither honey nor bee for me. »
Sappho
Once Violette
Leduc iced her into a frame :
Chloto certainly
has personality too much personality she is all bones
and angles her eyes are the pale eyes of fakirs they see through you at
the same time they laugh she is something of a visionary and of a
babbling brook her straight nose is a guide and an enlightener Chloto
has plenty of character she has chosen the world of books and besides?
Her face is an ascetic one and a sensual one her mouth is wide and
demanding the nostrils dilate at the thought of sex and texts chloto is
very slender her shoulders are broad her hands are long and thin they
cannot wait to cut the pages Chloto is a mixture of concrete and
abstract she gets exalted when she controls herself she controls
herself when she gets exalted she wears a boy's blond wig the cut is
stylish the fringe slanting and well marked it is her own hair she
vibrates when she expresses herself.
Text has oulived
sex.
Her whisking nerves anchored to dusty shelves Chloto whispers
MEMORY IS BUT THE TEST OF WISDOM
Unclaimed her body is the hollow echo-chamber of seven words her only
grant to enliven and sicken a seven years confinement but a seven words
compost may grow strange carrols on a barren she-land wailing sounds
rising out of the foul breast exposed to one long lasting puzzle for
WOMAN IS THE BEST RIDDLE AND CLUE TO WOMAN
A dead Airedale
by her side Chloto played with chance as her only
baiting needle
knowing
(fearing)
woman would be
the battle
lantern at the
end of the trackless journey and
CONVEYING AN
ACCEPTANCE OF HER FATE SHE
SETTLED IT
Unburdening when
crossroads permit she wails :
"Too long a love
kills love and if now my body is an abstraction
getting rid
of its flesh at
the mere clapping of my hands it was for a spanless
time
(a thousand
nights and a
hundred days)
the very kernel
of every performance and achievement
Flesh laid the
ambush
The one day I met
the one woman who was to become my steady Icon my
body stood as erect and hieratic as a worm-eaten statue and though
beaming forth many halleluiahs I was turned into a stiff and stilted
sheet hanging on a winter morning wire an inside flame was burning me
to embers but that piece of fleshy meat did not register one shiver
thus revealing that hitherto
OUR BODY IS NOT
POLITICAL
but liable to
play the worst tricks on us.
Dire
du
corps, corps du dire, in Journal d'une femme
soumise de Mara, Paris, l979 Flammarion (1981, Amsterdam).
Ecrits, voix d'Italie, l977, Paris ed. des femmes,
anthologie.
L'encontre, 1975, Paris ed. des femmes, roman.
IlliZible, clés de lecture des fictions de
Michèle Causse (L'encontre,
(
) et les Voyages de la Grande
Naine en Androssie) par Françoise
Leclère,
Parution en juin 2008
Sommaire
Avant-propos
Les premiers pas…
Le premier topos, Voyages de la Grande Naine en Androssie
Questions à Michèle Causse
Trois parolières de ce siècle
Alice
Ceresa
Elvira Banoti
Monique Wittig
Quelques mots sur
l’Encontre
Quelques mots sur ( )