Berthe dit « Moi je ne suis pas la Céleste de Proust ni la Pauline de Colette ». Berthe est, selon les mots mêmes de Natalie Clifford Barney « bibliothéquaire, (sic) gérante, téléphoniste, garde malade, homme de peine, cuisinière, femme de chambre, compagne des hivers et des ennuis ».
Et quel témoignage serait plus autorisé que celui d'une ferveur et d'une fidélité de cinquante ans ?
Lors même qu'échapperait au regard de Berthe cette Amazone qui, après Sappho, suscita le plus grand nombre d'ouvrages et de commentaires, nous découvrons ici une figure qui n'est pas « consommable » ni
réductible aux fantasmes qu'elle a d'engendrés, même chez les écrivains les plus misogynes de son temps, tel Rémy de Gourmont : « Rien ne peut faire, conquérante en d'autres terrains, ceinte du
baudrier et de l'arc tendu sous votre pied nu, que vous ne soyez pour moi Artémis et que vous ne recéliez en votre coeur toutes les puissances de la femme ». Amante de Renée Vivien, de Lucie Delarue Mardrus, de Lily de Clermont Tonnerre, de Dolly Wilde, de Romaine Brooks... Natalie n'est pas femme mais « ange » ainsi qu'elle le déclare nostalgiquement dans cette phrase : » Cet ange ne trouve-t-il pas en lui-même (sic) le couple parfait ? Car le masculin et le féminin sont si bien confondus en lui (sic) qu'il ne semble avoir aucun besoin de les rechercher ailleurs, mais cet état bienheureux, parfois il l'oublie en se laissant aller à quelque passion mortelle. » Quoi de plus rebelle que cette lesbienne (androgyne selon les lois de l'époque) qui se dit ange pour mieux cacher le fait qu'elle ne cèdera pas sur son désir ? » Ne conviendrait-il pas d'appliquer à Natalie Barney cette assertion des auteurs de L'ange : « L'ange n'a pas zéro sexe ni n sexes. Ce n'est pas un être asexué. Si la querelle du sexe des anges ne trouvait pas de réponse, c'était d'être impertinente. On ne peut pas dire l'ange a, n'a pas de sexe.Le sexe est impertinent quant à l'ange ».
Je pourrais ajouter : « L'histoire de la sexualité est impertinente quant à la lesbienne ».
Définie cynique, ironique, froide, Natalie Barney est en fait d'une lucidité sans réserves : C'est cependant l'amour que nous donnons dont nous aurions le plus besoin » et cette phrase d'un narcissisme
confondant : « l'Ange est l'être complet pour qui l'amour partagé est le plus grand sacrifice de soi ».
Recopiant en 2006 de courts extraits de cette mienne préface, je me permets d'ajouter que ce dont Natalie Barney se plaint c'est de ne rencontrer que des « femmes » socialement construites et, à ce titre, toujours décevantes pour elle qui, dès l'enfance refusa l'embrigadement dans le genre et ne reconnut jamais d'autres lois que les siennes, ainsi devenant réservoir de séduction sans fond.
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